Jeremy Bentham

Fondateur de l’Utilitarisme, doctrine associée « à la recherche du plus grand bonheur pour le plus grand nombre », Jeremy Bentham (1748-1832) est un auteur polyvalent.

On attribue en effet à Jeremy Bentham [1789, Principes de morale et de législation] la paternité des deux disciplines que sont la psychologie et la science économique moderne.

Selon Bentham, le principe d’utilité, la mesure des « peines et des plaisirs  », est le seul critère de la conduite humaine et de la législation.

  • Bentham [1789] entreprend ainsi de mesurer l’utile. C’est un critère décisif. Si l’on peut mesurer l’utile, on pourra décider de façon objective ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire dans l’ordre des activités humaines.
  • Bentham montre ainsi que la valeur d’un plaisir ou d’une peine dépend de son intensité, de sa durée, de sa proximité, de sa fécondité, de sa pureté, de son extension et de sa probabilité .

Ces travaux font de Bentham un précurseur ambitieux de la mesure de la sensation et du rôle des affects dans l’étude du comportement, au même titre qu’Adam Smith dans la « Théorie des Sentiments Moraux » (1759). Bentham est également précurseur des travaux récents sur « l’économie du bonheur » qui remettent en cause l’idée selon laquelle le bien-être d’une société ne se mesurerait que par la croissance des biens matériels (le PIB).

Une autre facette de Jeremy Bentham est plus inquiétante...

  • Le Panoptique, oeuvre clef de Bentham, préfigure une “prison modèle”, archétype d’une société idéale dans une vision libérale poussée à l’extrême, dans laquelle les mouvements de tous sont observés et observables. En bon calculateur utilisariste, l’individu se conformera ainsi à la norme la plus utile pour la société.

A la fin de sa vie, l’idée de construire une prison sur le modèle du Panoptique tourne à l’obsession :

  • « laissez-moi construire une prison sur ce modèle, et je m’en fais le geolier ».

Le triomphe de l’utilitarisme ! « La sottise bourgeoise poussée jusqu’au génie » selon Karl Marx (cité dans R. Passet, 2010).