Faut-il investir en bourse lorsqu’il fait beau temps ?

Le temps qu’il fait peut-il avoir une quelconque influence sur le prix des actifs financiers ?

Pour un économiste rationnel, la question peut sembler incongrue ! Et, pourtant...

Tout débute en 1983 avec une étude réalisée par deux psychologues sociaux, Norbert Schwarz et Gerald Clore [1].

  • Schwarz et Clore contactèrent par téléphone des participants, soit un jour de pluie (groupe 1), soit un jour ensoleillé (groupe 2), pour les interroger sur leur niveau de satisfaction sociale : dans votre vie quotidienne, êtes-vous très satisfaits, moyennement satisfaits ou pas satisfaits ? [2]
  • Les résultats montrèrent que les participants interrogés un jour ensoleillé s’étaient déclarés en moyenne plus satisfaits de leur vie que ceux qui étaient interrogés un jour de pluie.
  • Les psychologues sociaux conclurent que les participants avaient été influencés par leurs états affectifs qui eux-mêmes avaient été inconsciemment affectés par la météorologie.

En définitive, l’humeur modifierait notre jugement social.

Deux économistes, David Hirshleifer et Tyler Shumway, ont repris et testé cette hypothèse dans le contexte des marchés financiers mondiaux [3].

  • En croisant les données sur la valorisation des actifs financiers sur les places financières mondiales et les données météorologiques, Hirshleifer et Shumway [2003] montrent, de façon surprenante, que le temps qu’il fait (et donc l’humeur des investisseurs) modifie effectivement le niveau de valorisation des actifs.

Il y aurait ainsi un effet “soleil”, aussi bien qu’un effet “lune”, un effet “week end”, etc., qui transitent par le canal de l’humeur [4].

  • Stanley Jevons, lui-même, qui spéculait en 1878 sur un lien possible entre cycles économiques et tâches solaires, n’en serait pas revenu !!
  • Est-ce à dire pour autant qu’investir lorsqu’il fait beau vous garantit de réaliser des profits ? Bien sûr que non ! Ces différents effets sont marginaux mais ils existent...

[1] SCHWARZ N., CLORE G.L. [1983], Mood, misattribution, and judgments of well-being ; Informative and directive functions of affective states, Journal of Personality and Social Psychology, 45, p. 513-523.

[2] Pour davantage de précision sur le principe de l’expérience, reportez-vous à cet article.

[3] HIRSHLEIFER D., SHUMWAY T. [2003], Good Day sunshine : Stock Returns and the Weather, Journal of Finance, 58, p. 1009-1032.

[4] Pour une revue complète des différents biais comportementaux sur les marchés financiers, consultez l’ouvrage de Mickael Mangot (2008).