Tibor de Scitovsky

Economiste hongrois, Scitovsky (1910-2002) est un économiste véritablement non conventionnel.

Connu pour ses travaux très orthodoxes sur la théorie du bien-être, Scitovsky prend le contre-pied de la communauté des économistes en publiant « L’économie sans joie » [1978, Calmann-Levy), un trésor d’imagination dans lequel il utilise la célèbre théorie psychologique de Wilhelm Wundt (1832-1920).

  • D’après Scitovsky, les « habitudes  » de consommation de l’individu lui confèrent un certain confort mais ne peuvent déboucher sur un bien-être véritable.
  • Il existerait en effet un niveau de stimulation (ou de “nouveauté”) adéquat qui autoriserait une satisfaction optimale :

« Ce qui n’est pas assez nouveau ni surprenant ennuie ; ce qui l’est trop déroute. Un degré intermédiaire de nouveauté semble être le plus attrayant » (p. 46.).

  • En suivant ainsi la courbe de Wundt, qui associe l’intensité d’un stimulus au degré d’agrément que l’on en retire, on détermine un degré optimal de satisfaction. Ce qui signifie donc que l’individu ne maximise pas nécessairement son utilité en consommant davantage...

Visionnaire, Scitovsky [1978] pose ainsi à l’économiste des questions auxquelles il n’a pas l’habitude de répondre :

  • Comment prendre en compte les modifications de bien-être lorsque l’objet consommé ne correspond pas aux attentes ou au désir émanant de l’individu ?
  • Les fonctions d’utilité rendent-elles compte du fait que le plaisir retiré de la consommation peut être furtif, volatil ou indécis ?
  • Existe-t-il des individus ou des peuples “promptement heureux” ?
  • De quoi dépend notre aptitude au “bonheur” ?

Le lecteur attentif s’attardera enfin à la préface dans laquelle Tibor de Scitovsky explique son revirement méthodologique et témoigne d’une réelle prise de risque dans une carrière scientifique. A méditer...